Etude d'Aurélia

Résumé de l' oeuvre.

Ce roman autobiographique retrace la vie de l'auteur, troublé par l'amour, et par ses crises. Le narrateur raconte alors son amour sans espoir pour Jenny Colon, qui s'appelle désormais Aurélia. Il porte en lui une image qui, nuit et jour, le hante, et sombre ainsi dans la folie. On l'interne alors dans une maison de santé, où il sera pris en charge par le docteur Blanche. Plus tard il apprend la mort d'Aurélia, ce qui le jette dans le désespoir, mais se juge indigne de la rejoindre parmi les morts. Quelques années après cette première crise, il en traverse une deuxième, et connait à nouveau le malheur. Mais sa troisième crise est davantage plus violente. Désemparé et se sentant coupable d'une faute impardonnable, il cherche un refuge dans la foi, dans des lectures mystiques qui rejoignent ses visions. De nouveau interné, il trouve enfin la voie de la rédemption grâce à un autre malade dont il prend soin. Il voit en rêve l'âme d'Aurélia lui apporter le pardon de Dieu.

I) Aurélia, un récit de la folie.

1) L'écriture comme thérapie.

Dans ce romain, Nerval retrace les impressions éprouvées lors de ses trois graves crises de folie, en 1841, 1851 et 1853. Lors de ces deux dernières, il a été soigné à la clinique psychiatrique du docteur Emile Blanche à Passy et la première année, par son père, le docteur Esprit Blanche. Nerval a eu la chance d’être bien traité, et a trouvé chez ce médecin des méthodes étonnamment modernes et compréhensives. Il mentionne d’ailleurs dans Aurélia « la figure bonne et compatissante de son excellent médecin » (II partie, chapitre 6). C'est sans doute le docteur Blanche qui a suggéré à Nerval d'écrire Aurélia, et de dessiner ses visions et rêves, conscient de la valeur thérapeutique que peut avoir l'écriture. Selon Nerval, il s'agit en fait d'une observation médicale rigoureuse de sa propre maladie, dans un esprit "d'analyse et de descriptions". C'est donc une véritable thérapie par l'écriture qu'exerce le docteur Blanche sur Nerval, dont ce dernier affirme: "J'arrive ainsi à débarasser ma tête de toutes les visions qui l'ont si longtemps peuplée. A ces fantasmagories maladives succèderont les idées saines." Si l'on en croit les paroles de Freud, ce principe pourrait entrer dans le domaine de la psychanalyse, où la maladie pourrait être comprise et purgée par l'écriture. On comprend à la suite du texte, que le narrateur semble prendre un certain recul sur sa maladie et porte sur elle le regard lucide d'un homme revenu à la raison, comme à travers cette citation: "Telles sont les idées bizarres que donnent ces sortes de maladies [...]. Les soins que j'avais reçus m'avaient déjà rendu à l'affection de ma famille et de mes amis, et je pouvais juger plus sainement le monde d'illusions où j'avais quelques temps vécu." Nerval essaye donc de convaincre son lecteur, mais également de se convaincre lui-même, de sa guérison.

2) Une folie jamais nommée

Il faut remarquer que Nerval n'emploie jamais directement le terme de folie pour désigner ses crises, et emploie plus facilement le terme de rêve, et affirme lui-même: "Je ne sais pourquoi je me sers de ce terme maladie, car jamais [...] je ne me suis senti mieux portant."(I partie, chapitre 1). Mais l'auteur est loin de mépriser ses illusions passées ou de renier ses visions. Au contraire, l'auteur les "élève"  et décide de "fixer le rêve" et d'en connaître le secret, qui est pour lui une mission capitale, car il aura ainsi accès au secret même de l'ordre du monde.

3) Les angoisses de l'écrivain.

Nerval, au cours de sa vie, rencontre deux angoisses dominantes. Mais avant cela, on peut tout d'abord remonter à la quête obsessionnelle des origines: le narrateur n'a, en effet, jamais connu sa mère. Ainsi cette douloureuse absence peut expliquer le retour systématique, dans ses rêves, de la rencotnre avec les ancêtres ou des figures féminines protectrices. Ce sont, sans doute là, des substituts de l'image maternelle. Cependant, la quête des orignes donne lieu à des rêves heureux, ou du moins harmonieux et ne semble jamais atteindre la dimension torturante des deux hantises essentielles du narrateur: le dédoublement et la culpabilité, étroitement liés l'un à l'autre.

Le dédoublement consiste à faire apparaître une figure ressemblant de façon troublante à un personnage. Dans Aurélia, le narrateur se trouve à plusieurs reprises confronté avec son sosie, sa propre image. On pourrait parler de schizophrénie, de dédoublement de la personnalité. Le début de la première crise du narrateur est déjà évoqué en termes de dédoublement: "A dater de ce moment, tout prenait parfois un aspect double."(I partie, chapitre 3). Ainsi, on peut comprendre que tout évènement avait deux significations: l'une simple et évidente, l'autre symbolique et secrète. Puis, l'auteur rencontre à cinq reprises son double et chaque apparition n'est jamais la même. Elle peut donc contredire la précédente, et ainsi mettre l'auteur dans des situations délicates et peut entrainer ses angoisses. Sa deuxième hantise et celle de la culpabilité. Ce sentiment se trouve dès le début du récit, car avant la mort d'Aurélia, l'auteur se croit indigne de son amour parce qu'il est "coupable d'une faute dont il n'espère plus le pardon". Mais ce sentiment va entièrement envahir l'esprit du héros après la mort de sa bien aimée. Il s'en veut d'abord de n'éprouver après cette mort qu'un chagrin médiocre, consolé par cette "égoïste pensée" : "Elle m'appartenait bien plus dans sa mort que dans sa vie" , mais plus tard il se reprochera de l'avoir trop aimée,ce qui montre le tourment perpétuel de l'auteur. Puis, dans la seconde partie d'Aurélia, cette angoisse tourne vite à l'obsession, et tout devient pour le héros un prétexte à se condamner lui-même: il a négligé un ami malade (II partie, chapitre 1), il a menacé son double( II partie, chapitre 1), il n'a pas pleuré des parents morts (II partie, chapitre 3)...etc.

II) Aurélia, un récit onirique.

1) Les décors et tableaux mouvants des rêves.

Lorsque l'auteur retrace ses rêves, il s'applique à les rendre aussi précis que possible et c'est par la minutie des descriptions de décors, de costumes, de mouvements, que l'écriture d'Aurélia s'apparete à la peinture. Nerval s'attache ainsi ainsi à rendre les formes et les couleurs sans cesse changeantes. L'écriture et le dessin semblent poursuivre un but identique: conserver une trace de ces impressions insaisissables, et de la fascinante beauté des rêves. Nerval est particulièrement soucieux quant à la description de ses rêves. Cette intention est constamment rappelée par une écriture analytique, précise, visant à l’explication des faits : « Je vais essayer de transcrire… » ,  « Je veux expliquer comment … ».  L'auteur semble avoir voulu traduire des souvenirs ou des visions très complexes dans une forme aussi claire que possible. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'auteur mentionne par ailleurs les dessins coloriés qu'il trace après ses visions, couvrant les murs de sa chambre de clinique "d'une série de fresques".

 2) Une frontière incertaine entre rêve et réalité.

Malgré une description minutieuse de ses rêves, la frontière entre le rêve et la réalité reste parfois mince, voire floue. En effet, ce roman comporte bien des mystères et des obscurités. On y trouve d’abord, bien sûr, l’étrangeté propre aux rêves ou aux hallucinations vécues par le narrateur, parfois soulignée dans le récit. De plus, les récits abondent en expressions qui placent les impressions du héros sous le signe du doute et de l’incertitude. Mais surtout, la frontière établie par le texte entre les rêves et les récits d’évènement réels n’est pas toujours nette. Bien que Nerval rappelle cette transition entre rêve et réalité, par des formules comme « Telle fut cette vision… » (I partie, chapitre 5) ou «  Cette nuit-là, j’eus un rêve… » (II partie, chapitre 6) ; il arrive que la limite se trouble et que le rêve déborde sur la réalité, comme ce moment particulier, qui montre parfaitement la confusion entre rêve et réalité:  Une nuit alors qu’il fait un rêve, il entend un cri de femme, qui le réveille et est convaincu que cette voix est bien réelle : « Elle n’appartenait pas au rêve » dit-il, «  c’était la voix d’une personne vivant, et pourtant c’était pour moi la voix d’Aurélia ». Le récit ne tranchera pas être la conviction du narrateur, qui pense que ce cri provenait de la réalité, et la vraisemblance, qui signifie que l’auteur l’a rêvé. 

3) Aurélia, un récit fantastique?

Ce type d'incertitude rattache Aurélia au genre fantastique car le propre du conte fantastique est d'ouvrir une brèche entre le monde quotidien, rationnel, et l'univers de l'étrange, du surnaturel. Lorsque Nerval définit la,folie comme le débordement du songe dans la vie réelle (I, chapitre 3), il propose une formule qui conviendrait précisément au genre fantastique. De plus, les créatures étranges, angéliques ou monstrueuses, les métamorphoses observées par le narrateur, l'apparition du double, ou encore l'amour d'une femme morte sont des thèmes bien souvent exploités par les contes fantastiques.

Malgré cela, il existe une différence essentielle entre Aurélia et le genre fantastique: dans le conte, le lecteur est amené à hésiter devant des évènements étranges, entre une explication rationnelle et une cause surnaturelle. Or, dans le récit de Nerval, l'hésitation est d'un autre ordre: les faits étranges n'y sont perçus que par le héros dans ses visions, mais la frontière entre délire et lucidité n'est pas toujours nette. Aurélia procède donc par des glissement de l'état de veille au rêve, plutôt que par des passages bien définis. Ce passage magique vers le rêve paraît parfois obscur dans le récit, mais c'est peut-être justement pour signifier que le rêve et la vie, comme la folie et la raison, se mêlent l'un à l'autre, se correspondent et se ressemblent.

 

Conclusion:

Cette analyse de la présence du rêve dans Aurélia, présente les différents troubles et crises qu'a rencontré Nerval au cours de sa vie, et qu'il à traduit à son médecin, le docteur Blanche. Nous pouvons également faire référence au psychanaliste Freud, qui s'est servi des rêves pour expliquer certaines maladies psychiques, et ainsi faire appel à la psychanalyse. Ainsi, c'est par cette écriture thérapeutique que le docteur Blanche a pu analyser la maladie et les troubles psychiques de l'auteur.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site